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Investissement Responsable : Briser les dernières résistances

Si l’intégration des critères ESG au sein des processus de gestion convainc désormais le tryptique producteur-distributeur-investisseur et sort progressivement du simple « gimmick » marketing, des marches restent à gravir pour atteindre la maturité.

L’essor de l’investissement responsable connaît une nette accélération, et il s’installe dans le paysage de l’asset management et de la distribution d’épargne de manière durable. Je fais partie de ceux qui, depuis plusieurs années, pensent qu’il s’agit d’une vraie lame de fond et pas d’un simple effet de mode.

Deux approches sont possibles : une approche ESG sans label, ou une approche labellisée. Le choix du label peut différer selon les sociétés de gestion (label luxembourgeois, label français…). Le site du label ISR nous éclaire sur le succès de l’investissement responsable labellisé par ces chiffres : 508 OPCVM labellisés ISR, 79 sociétés de gestion concernées, 204 milliards d’euros d’encours (*). Ce chiffre d’encours a plus que doublé en un an.

La volonté de rendre tout ou partie de leur gestion responsable touche aujourd’hui une large majorité des sociétés de gestion. Les investisseurs institutionnels ont été les premiers à pousser les asset managers dans cette voie, quand le circuit de distribution retail prenait son temps.

Les conseillers en gestion de patrimoine indépendants, en particulier, sont en train de prendre la mesure du sujet, et se heurtent selon moi à plusieurs idées reçues malheureusement tenaces. En premier, celle de la demande spontanée des clients. Celle-ci n’existe pas – ou alors très rarement. Les différents acronymes complexes (RSE, ESG, ISR…) restent globalement méconnus du grand public. Les CGP doivent faire preuve de proactivité sur ce sujet, de pédagogie aussi. En deuxième, celle de la typologie des clients. J’entends trop souvent que seules les jeunes ou les femmes seraient intéressés par l’investissement responsable. Pour évoquer ce sujet très concrètement depuis de nombreuses années auprès de clients finaux, je peux confirmer que toutes les typologies de client sont concernées par cette approche. Certes, les sensibilités peuvent être diverses, mais sur le fond, il semble difficile d’être totalement insensible à ces sujets sociétaux, surtout lorsque l’on est parent et que l’on envisage une vision à long terme de la gestion de son patrimoine. En troisième lieu, celle de l’offre, qui serait insuffisante pour construire des allocations d’actifs complètes pour nos clients. Il faut bien noter que les assureurs et les plateformes de distribution ont fait beaucoup d’efforts ces dernières années en termes de référencement des fonds responsables, et que la plupart des compagnies mettent désormais en avant ces fonds.

Ces derniers mois nous ont montré que de nouveaux défis nous attendaient, et que la sensibilité des citoyens, et de fait des épargnants, s’était sensiblement modifiée sur les grands défis sociétaux auxquels nous faisons face. La résistance et la résilience des fonds ESG n’a plus à être prouvée, l’année 2020 nous l’a encore démontré.

Avec le développement des fonds responsables, la difficulté pour les sociétés de gestion va aller crescendo pour se distinguer. Certes, il y aura les engagées de longue date, mais cela ne signifiera pas pour autant que les nouvelles venues sur ce sujet ne feront pas du travail de qualité. Au fond, qu’est-ce qui permettra de distinguer les asset managers à la démarche sincère des autres ? La cohérence. La cohérence entre les paroles et les actes. La cohérence entre les partis-pris dans la gestion et la cohérence en interne. La volonté de faire bouger les lignes également dans le fonctionnement-même de l’entreprise et dans la stratégie, pour embarquer l’ensemble des collaborateurs vers une finance plus responsable et plus durable. Le développement de la RSE, au sein même de tout notre écosystème (sociétés de gestion, conseillers indépendants, plateformes etc…) devra aller de pair avec le développement inéluctable de l’investissement responsable. Ce n’est qu’à ce prix que nos métiers pourront conserver une crédibilité et un rôle moteur dans le développement de l’investissement responsable. A ce prix également que nos métiers pourront continuer d’attirer et de fidéliser des talents.

(*) Chiffres recueillis au 13/09/2020 sur le site labelisr.fr